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John Plassard est Spécialiste en Investissement au sein du Groupe Mirabaud. Son « Morning News », une analyse financière approfondie, distribuée quotidiennement auprès d’un groupe de lecteurs privilégiés, est souvent citée dans les médias. Un journaliste l’a un jour décrit comme le Roger Federer du monde de la finance. Ses vidéos Morning Coffee et Weekly Insight initiées lors du premier confinement bénéficient aujourd’hui d’un large écho dans les médias sociaux. Lorsque nous lui avons demandé d’évoquer comment le monde de l’automobile a pu le faire rêver en tant qu’enfant ou aujourd’hui à l’âge adulte, deux souvenirs lui sont immédiatement venus à l’esprit. Le premier : les voitures miniatures que son père lui laissait sur son oreiller lorsqu’il rentrait trop tard de son bureau. Le deuxième : lorsque Jacques Laffite séjournait chez lui avec son oncle. Leurs histoires des paddocks et des courses automobiles ont longtemps baigné son sommeil et le monde de l’automobile s’ouvrait à lui de manière très concrète. Son oncle lui a transmis sa passion pour l’automobile, mais plus particulièrement pour les voitures de collection. John nous livre ici quelques réflexions sur ce marché ainsi que les possibilités d’investissement dans ce secteur.

<strong>L</strong>EGENDS MAGAZINE :

Quelle est la part du marché de l’automobile, dans l’économie mondiale ?

JOHN PLASSARD :

L’automobile a révolutionné le transport et entraîné de profonds changements sociaux, en particulier dans le rapport des individus à l’espace. Elle a favorisé le développement des échanges économiques et culturels et conduit au développement massif de nouvelles infrastructures. Tout un univers culturel s’est construit à partir de sa diffusion comme objet de consommation grand public. Aujourd’hui, l’automobile fait partie intégrante de notre vie. Dans de nombreux pays, l’industrie automobile représente une puissance industrielle et économique considérable. Née en Allemagne et en France, elle s’est développée en Amérique du Nord à l’ère de la production de masse, puis a été perfectionnée au Japon et en République de Corée. Plus récemment, la Chine est devenue un acteur de premier plan dans ce secteur, en particulier en ce qui concerne la production de véhicules électriques.

De par ses dimensions et son influence, l’industrie automobile est essentielle pour atteindre les objectifs définis dans le pro- gramme de développement durable à l’horizon 2030.

Rappelons ici qu’actuellement, plus de 7 millions de véhicules électriques sillonnent les routes dans le monde contre seulement 20’000 il y a 10 ans. Selon l’Agence internationale de l’énergie, ils seront 23 millions en 2030. La Norvège est d’ailleurs devenue en 2020 le premier pays où les voitures électriques ont représenté plus de la moitié des nouvelles immatriculations, un jalon qui place le pays sur les rails pour son objectif de décarboner tous ses véhicules neufs dès 2025.

Au niveau des spécificités, on a constaté ces derniers temps une envolée des ventes de véhicules d’occasion dans le monde et l’arrêt des avantages fiscaux pour l’achat de véhi- cules neuf en Chine notamment.

Enfin, concernant les voitures de collections, on constate que le marché reste très vivant en ce moment malgré la crise du Covid-19 et que beaucoup de voitures changent de mains, mais de manière différente. Dans un marché devenu totalement international depuis 10 ans, aujourd’hui les voyages sont devenus compliqués avec le Covid-19. Mais certains professionnels proposent parfois jusqu’à 100 photos des voitures qu’ils ont à la vente, ainsi que des visites virtuelles. Les enchères en ligne se multiplient. Avec un (bon) smartphone, vous pouvez organiser une véritable visite vidéo des voitures… Le numérique vient clairement en aide au secteur.
La pandémie n’aura probablement pas le même effet haussier que la crise écono-mique de 2008. Nous avons vu une augmentation globalement très lente de la valeur des voitures anciennes au cours des 2-3 dernières années et certaines bulles avaient déjà commencé à se dégonfler. Nous avions également noté la baisse de certaines marques et modèles de voitures classiques, dont le marché était inondé. Quand l’offre dépasse la demande, les prix se tassent.

Certains acheteurs sont des retraités actifs qui ne seront pas impactés directement par la crise. À côté de cela, de « petits » collectionneurs seront peut-être obligés de revendre leur unique voiture de collection pour dégager quelques liquidités si la pandémie affecte leur revenu habituel. La pandémie ne fera probablement qu’accélérer voire amplifier – ce qui se passait déjà.

LEGENDS MAGAZINE :

Quels sont les grands défis de l’industrie auto- mobile pour ces prochaines années

JOHN PLASSARD :

Il y a plusieurs défis pour le secteur auto- mobile. Sur le court terme, d’un point de vue conjoncturel, le secteur souffre à la fois de la crise économique mondiale et de la crise du Covid-19, faisant face à un double choc d’offre et de demande. Ces chocs sont massifs et affectent fortement l’industrie.

Ensuite, les acteurs du secteur doivent s’adapter à un contexte de réglementations accrues contre la pollution et le réchauffement climatique, qui deviennent plus contraignantes. Ces mesures obligent les constructeurs à engager de lourds inves- tissements pour se conformer aux normes. En Europe, la nouvelle norme CO2 effective depuis janvier 2020 vise à limiter le nombre de véhicules polluants vendus. Les constructeurs automobiles non conformes sont sanctionnés d’une amende si leur flotte de véhicules vendus émet plus d’un certain seuil prédéfini de CO2.

À cela on peut ajouter qu’il y a de fortes incertitudes sur la chaîne d’approvisionne- ment mondiale de l’automobile dues notamment aux effets d’entraînement de la guerre commerciale.

Par ailleurs, l’industrie automobile continue de se reconfigurer avec la montée en puissance de l’e-mobilité ainsi que l’émergence de nouveaux acteurs sur le segment des véhicules électriques et de la voiture autonome. Les constructeurs auto- mobiles traditionnels continuent d’établir de nouveaux partenariats pour faire face à ces nouveaux défis.

Au niveau des risques de crédit, on constate une nette détérioration dans plu- sieurs régions du monde, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Enfin, on constate aussi que la nouvelle génération est largement moins intéressée à passer son permis immédiatement lors qu’elle atteint l’âge requis. La sensibilité à l’environnement, mais aussi au fait qu’une voiture représente moins le rêve de la génération actuelle, sont autant d’obstacles pour les constructeurs automobiles.

john plassard
voitures

LEGENDS MAGAZINE :
Quelles sont vos recommandations pour celles et ceux désireux d’investir dans l’automobile ?
JOHN PLASSARD :
Il y a plusieurs moyens d’investir dans l’automobile. Le premier est d’acheter des actions chez un constructeur automobile coté en bourse. Tesla est l’exemple parfait, puisque le constructeur de véhicules électriques a vu sa valeur connaître une trajectoire exponentielle – attention toute- fois aux risques inhérents compte tenu de l’effet « bulle spéculative ». Cependant tous les acteurs ne sont pas logés à la même en- seigne. Les constructeurs « classiques » ont en effet connu de méchants revers après le déclenchement du Covid-19. Pour prendre le moins de risques possible, on peut alors investir dans un ETF (des fonds négociés en bourse) qui couvrent plusieurs acteurs du secteur.

On peut aussi investir indirectement dans le secteur en préférant les sociétés actives dans les semi-conducteurs par exemple. Rappelons ici qu’il y a de plus en plus de semi-conducteurs embarqués dans les nouveaux véhicules et notamment les véhicules électriques.

L’autre moyen est d’investir directement dans une voiture pour en retirer un certain profit lors de sa revente. Mais l’exercice n’est pas aisé. Les ventes aux enchères font parfois les gros titres, à l’image de cette Ferrari 250 GTO qui a trouvé preneur pour près de 41 millions d’euros lors d’une vente organisée par RM Sotheby’s à l’été 2018. Il s’agit d’un prix bien supérieur à celui au- quel ce modèle changeait de main il y a quelques dizaines d’années. D’une façon générale, ce sont les modèles sportifs et dans une moindre mesure les coupés du type GT (grand tourisme) qui offrent le meilleur potentiel en matière d’investissement. Ou plutôt le moins mauvais car dans le détail, les frais d’entretien et d’assurance dépassent souvent le montant des plus values escomptables à la revente.

Enfin, je dirais que c’est la passion qui doit vous animer lorsque vous investissez dans une voiture, sinon cela perd tout son sens.

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